Les JO de 2024 à Paris
L’occasion d’échanges avec Claude Girardet (ACD Girardet Architecture) sur l’apprentissage, la transmission des compétences, le contexte budgétaire des collectivités et la qualité.
Elan économique, attractivité touristique, unité nationale autour du sport et de ses valeurs…l’enthousiasme suscité par les JO de 2024 à Paris est général.

La France est déjà bien équipée en infrastructures pour accueillir cet événement majeur.
Deux nouveaux équipements sont cependant prévus.
D’une part, le village olympique qui sera ensuite reconverti en habitations et, d’autre part, un centre nautique d’envergure qui manquait à l’Hexagone pour recevoir des événements européens et internationaux.
Comme le précise Claude Girardet, architecte fondateur d’ACD Girardet & Associés et Président du Comité qualificateur de Qualisport, "l’idée de la reconversion du village olympique est bonne, il faudra tout de même veiller à ce que cela se fasse dans la diversité pour ne pas créer un ghetto."

Les architectes qui seront sélectionnés afin de réaliser ces équipements valoriseront le savoir-faire et l’expertise de la profession et feront référence. Face à l’euphorie générale, des voix s’élèvent sur l’honnêteté qui devra prévaloir au plus haut niveau pour attribuer les marchés aux meilleurs candidats en termes de qualité et de compétitivité et éviter des dépassements excessifs de budget.

L’apprentissage en berne et une transmission des compétences insuffisante
Autre zone d’ombre évoquée : la crainte d’un manque de main d’œuvre qualifiée en vue de mener à bien ce type de projets.
En toile de fond, la problématique sociétale de dévalorisation des métiers manuels, le manque d’engagement de la France en faveur de l’apprentissage et donc de la transmission des compétences et des savoir-faire entre élèves apprentis et professionnels confirmés et expérimentés.
"Si nous voulons que la qualité et l’esthétique de nos constructions et bâtiments perdurent, il est urgent de revaloriser les métiers du bâtiment et l’apprentissage auprès des jeunes mais aussi d’encourager et d’inciter les artisans et les entreprises à embaucher des apprentis", poursuit Claude Girardet.

La formation initiale a donc un rôle essentiel à jouer mais l’accent doit et devra également être mis sur la formation continue. Cela vise des objectifs et des enjeux majeurs : maintenir et actualiser le niveau de compétences des professionnels tout au long de leurs carrières dans un contexte règlementaire, technologique et environnemental de plus en plus pointu, donner une seconde vie à leurs parcours professionnels marqués par une forte pénibilité en leur apprenant à transmettre leurs savoir-faire aux plus jeunes.

Baisse du budget des collectivités
Autre préoccupation : les réductions budgétaires des collectivités. Les collectivités sont de gros fournisseurs de marchés pour les architectes et le secteur du bâtiment. Trop réduire les budgets de fonctionnement, c’est prendre le risque de réduire les budgets d’investissement des collectivités. "Si les restrictions budgétaires auxquelles sont confrontées les collectivités sont excessives, elles peuvent les contraindre à réduire leurs investissements pour faire face à leurs dépenses de fonctionnement qui sont difficilement compressibles", souligne Claude Girardet.
Dans le passé, il y a eu de nombreux excès dans les collectivités avec des projets parfois démesurés dans une simple logique électoraliste et de gain d’image pour les élus en place. Ces dérives sont certes moins possibles dans le contexte actuel, ce qui est un bon point, mais attention à ne pas tomber dans un autre excès qui consisterait à limiter les initiatives à l’échelle locale et donc à réduire l’activité économique.

Une règlementation exigeante
Enfin, si les restrictions budgétaires sont trop fortes, les architectes et les professionnels du bâtiment auront des difficultés à respecter la réglementation de plus en plus exigeante en matière notamment de qualité des constructions, d’efficacité énergétique et de protection de l’environnement. Utiliser des technologies ou des matériaux innovants et performants deviendra compliqué. "Notre expertise et notre approche globale nous permettent de trouver des solutions et d’être imaginatifs, c’est le cœur de notre métier. Il peut tout de même y avoir un moment où cela deviendra compliqué, faute de moyens. Nous n’en sommes pas encore là mais nous devons être vigilants car c’est la qualité du bâti qui est en jeu", conclut Claude Girardet.

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ACD Girardet & Associés