"Il ne faut pas s’arc-bouter sur des vieux schémas"
Régis Chaumont (Architecte installé à Manosque) est le nouveau Président de l’UNSFA (Union Nationale des Syndicats d’Architectes Français). Sport&Loisirs Actu lui donne la parole afin d’exposer les enjeux, les perspectives et les objectifs de son mandat.

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Vous êtes aux commandes de l’UNSFA depuis peu, comment abordez-vous cette présidence ?

Régis Chaumont - Tout d’abord, je voudrais rappeler que l’UNSFA est un outil extraordinaire pour les architectes. L’UNSFA se distingue en tant qu’instance démocratique et représentative de l’ensemble des professionnels du territoire. Nous disposons de la plus forte assise géographique parmi les organismes représentatifs de la profession puisque nous fédérons une cinquantaine de syndicats territoriaux. Les conseils nationaux de l’UNSFA qui ont lieu tous les deux mois témoignent de cette représentativité en regroupant des présidents de syndicats de toute la France. Les spécificités régionales et les attentes du plus grand nombre sont donc prises en considération.

"En tant que vice-président de l’Unsfa depuis de nombreuses années, j’aborde cette présidence dans un contexte de double crise, conjoncturelle et structurelle. Nous devons tenir compte et faire face à deux évolutions majeures, qui, si elles ne sont pas maîtrisées, peuvent s’avérer dangereuses."

Première évolution, la financiarisation ou marchandisation de l’économie.

Dans leur volonté d’ouverture à la concurrence, les pouvoirs publics font un amalgame entre les professions réglementées concurrentielles comme la nôtre et les professions réglementées non concurrentielles comme les notaires. On sent une volonté de remettre en cause le statut et l’indépendance de notre profession d’architecte, garante de la qualité du bâti et des ouvrages.
Comment assurer la maîtrise d’œuvre et apporter notre expertise - analyse, conseil, prescription, suivi… - en toute indépendance dans un tel contexte ?
La défense des principes d’indépendance, de contrôle d’exercice et de formation des architectes continuera à être une de nos priorités. Et cela, à l’échelle de toute la profession composée en grande majorité de petites structures et d’architectes en solo qui n’arrivent pas toujours à faire entendre leur voix.

Deuxième évolution, le développement des réseaux sociaux.

L’UNSFA doit structurer et intensifier sa présence sur les réseaux sociaux afin d’accroître sa visibilité, son influence et de diffuser un discours clair et audible sur nos actions, nos positions. Par cette présence forte sur les réseaux sociaux, nous pourrons faire tomber bon nombre de préjugés, défendre les intérêts de notre profession et valoriser son expertise.

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Défense du statut et des intérêts de la profession, mobilisation sur les réseaux sociaux…comment allez-vous traduire ces enjeux de taille en actes ?

Régis Chaumont - Quatre grands axes vont guider nos actions.
*En premier lieu, nous allons renforcer notre stratégie d’influence en étant plus présent dans les organismes professionnels et auprès des institutions politiques. Depuis dix ans, de nombreux rapports parlementaires ont été publiés. Nous allons travailler avec leurs auteurs qui sont sensibilisés aux problématiques de notre profession et qui pourront être des relais auprès du pouvoir politique et des législateurs.

*En deuxième lieu, nous allons nous concentrer sur le paritarisme qui est essentiel dans un syndicat comme l’UNSFA. La représentation des employeurs et des salariés est un atout. Nous souhaitons prendre appui sur le paritarisme - parfois un peu figé dans notre société – et en tirer partie pour mener une réflexion sur la consolidation du parcours d’un architecte depuis sa formation initiale jusqu’à la cession de son activité. Bien entendu, nous comptons formuler des propositions pour que des avancées concrètes voient le jour sur cette question.

*Troisièmement, nous allons mener des actions visant à faire évoluer notre métier. Il ne faut pas s’arc-bouter sur des vieux schémas. Nous défendons plusieurs évolutions qui nous semblent positives pour l’avenir de notre profession. Nous voulons par exemple renforcer les structures d’agences, développer les réseaux professionnels, favoriser le travail collectif et mettre l’accent sur le BIM. C’est un outil fabuleux de travail en réseau qui permet d’associer et de mutualiser ses compétences. Avec son approche transverse et son expertise globale, l’architecte est d’ailleurs le professionnel le plus adapté pour manager le BIM et le piloter sur un projet. L’UNSFA est un vecteur pour favoriser le travail en réseau afin de permettre aux agences d’architectes de se regrouper sur des projets de plus en plus complexes.
Nous souhaitons également faire évoluer la question de la responsabilité de l’architecte. L’architecte doit être en mesure de prouver qu’il n’est pas responsable de tel ou tel problème ou dysfonctionnement sur une réalisation. Un défaut d’exécution n’est pas toujours prévisible. Nous ne renions pas ce principe de présomption de responsabilité mais il faut qu’il soit encadré par la loi, pas par la seule jurisprudence. Nous allons nous mobiliser pour tendre vers cela car la responsabilité qui pèse sur les épaules des architectes peut constituer un frein à l’innovation architecturale.

*Enfin, notre quatrième axe va consister à rendre toujours plus visible le travail de l’UNSFA au sein de la profession mais aussi auprès des pouvoirs publics.


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Le 46e congrès l’UNSFA a eu lieu fin octobre à Montpellier. Pouvez-vous nous en dresser un bref bilan ?

Régis Chaumont - Bien que le contexte ne soit pas forcément meilleur, une note plus optimiste s’est fait sentir cette année. La participation a été forte avec plus de 700 congressistes. Les échanges ont été riches. Le travail de la région Languedoc-Roussillon qui nous accueillait s’est avéré remarquable. Je tiens à évoquer plusieurs temps forts comme la présence active du député Patrick Bloche, auteur du rapport issu de la mission sur la création architecturale, qui a appelé la profession à se mobiliser pour défendre ses intérêts et son avenir. Citons également la conférence de Jean Nouvel qui a insisté sur les risques d’une perte d’indépendance du métier d’architecte.

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