Pourquoi construire puis rendre accessible ? Cette approche trop répandue dans l’Hexagone génère perte d’argent, perte de temps et inconfort pour les personnes en situation de handicap. Concevoir accessible dès le départ, telle est la démarche issue de la notion de conception universelle, créée et mise au point aux Etats-Unis il y a une vingtaine d’années et portée par l’ONG IHCD, collectif d’architectes, de designers, d’ingénieurs et de chercheurs en environnement de l’université de Caroline du Nord.
Le débat autour des normes d’accessibilité des établissements et des équipements accueillant du public reste entier en France, non pas sur le fond puisque l’idée de rendre accessible ces lieux à tous est intégrée mais sur la forme.
Moins de normes ? Des normes plus simples ou plus strictes ?
Et si la solution consistait à créer des normes communes dès la construction pour l’usage et le confort de tous ? C’est le point de vue de la conception universelle, défendu notamment par Louis-Pierre Grosbois, architecte DPLG-urbaniste et auteur d’un ouvrage intitulé Handicap et construction publié aux éditions du Moniteur en 2010.


"Aujourd’hui, l’accessibilité, les normes accessibilité, sont considérées comme un élément qui vient se surajouter à la construction initiale. On crée un projet "classique" et on pense après aux personnes handicapées. Par exemple, on crée des seuils pour des balcons et là on pense "il en faut un adapté pour une personne en fauteuil ". Conséquence, on va disposer six seuils "normaux " et un adapté. Là on va dire : l’installation du seuil adapté va entraîner un surcoût. Mais si on avait pensé dès le départ à installer sept seuils adaptés, il n’y aurait pas eu de surcoût ! Il faut plutôt concevoir accessible dès le départ", écrit Louis-Pierre Grosbois.



Moins cher et plus confortable pour tous

Cette question est plus que jamais d’actualité avec le lancement et le déploiement en juin 2014 de 50 mesures de simplification des normes de construction ayant pour objectif de relancer le secteur en diminuant le coût des ouvrages. Sur ces 50 mesures, 17 concernaient l’accessibilité. Certes, cette initiative part d’une bonne volonté et vise le confort du plus grand nombre. Mais on reste dans une logique d’adaptation des habitations, des établissements et des équipements. Si un usage confortable pour tous et une accessibilité optimale sont intégrés dès la conception, les surcoûts d’adaptation et l’inconfort pour une partie de la population sont évités. "Chaque fois qu’on généralise une pratique, on fait baisser le coût de la construction ", explique Louis-Pierre Grosbois. "Si l’on reste dans le traitement de cas particuliers, il ne sera par exemple pas facile de trouver des équipements à un prix abordable. Les industriels diront : je n’ai pas assez de demande pour produire ces équipements, je ne peux pas baisser le prix. Si on généralise la pratique, on généralise l’équipement et son prix baisse ", ajoute-t-il.
Adapter et rendre accessible après la construction engendre une surenchère de normes et de situations particulières à gérer par les professionnels de la construction et de la rénovation qui rencontrent des difficultés à proposer des prix raisonnables, ce qui peut contraindre les donneurs d’ordre à adapter leurs locaux au minimum.


Vers un changement des mentalités ?

"Il faut plutôt concevoir accessible dès le départ. Si on généralise cette pratique, on généralise l’équipement et son coût baisse".
Pierre-Louis Grosbois


Même des normes simplifiées ne règlent pas la question de l’accessibilité. "Plus les normes sont simplifiées, une adaptation ici, une là, plus ça devient en fait compliqué ", estime Louis-Pierre Grosbois. Il prône la globalisation de la réflexion sur le confort et de l’accessibilité qui est au centre de la conception universelle. Pour illustrer son propos, il prend appui sur l’exemple du village olympique de Londres. Les logements des athlètes avaient tous été conçus de manière à être le plus confortable et le plus accessible possible. Ainsi, les salles d’eau et les balcons avaient été préfabriqués, les armoires techniques rendues accessibles. Au final, les logements ont pu être vendus à tous.

La conception universelle semble donc être la solution la plus avantageuse en termes de coût et de confort. Elle implique un changement d’approche et des mentalités en France. La formation à la question et au traitement du handicap demeure centrée sur les normes. Les architectes les respectent comme ils peuvent. La prise de conscience est là mais sa traduction en actes concrets est lente. L’Observatoire interministériel de l’accessibilité et de la conception universelle (OBIACU) a vu le jour en 2010. Il a deux missions essentielles :
♦ Evaluer l’accessibilité et la convenance d’usage des bâtiments d’habitation, des établissements recevant du public, des lieux de travail, de la voirie, des espaces publics, des installations ouvertes au public, des moyens de transports et des nouvelles technologies.
♦ Identifier et signaler les obstacles à la mise en œuvre des dispositions de la loi du 11 février 2005 en matière d’accessibilité et les difficultés rencontrées par les personnes handicapées ou à mobilité réduite dans leur cadre de vie.
L’OBIACU élabore chaque année un rapport qui rend compte de ses travaux, dresse le bilan de l’évolution de l’accessibilité en France, analyse l’état d’avancement de la mise en œuvre de la loi en ce domaine et formule les préconisations qui lui paraissent nécessaires.

A ce jour, nous en sommes à l’entrée en vigueur dans les mois à venir des mesures de simplification des normes de construction présentées en juin 2014. La conception universelle de la construction est tout doucement prise en compte dans le cadre du projet de loi en cours d’élaboration sur l’adaptation de la société au vieillissement…une lueur d’espoir en faveur de la globalisation du logement adapté à tous ?


Les 7 principes de la conception universelle
Equité Universalité Souplesse Simplicité
Intuitivité Sécurité Confort Accessibilité


En savoir plus
Handicap et construction, Louis-Pierre Grosbois, éditions du Moniteur, 2010.


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