Un entretien avec Mehmet Celik, CSM consulting, auditeur spécialisé en RSE et responsable qualité à Qualisport. 
La RSE une réalité... Le concept de la RSE...

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Environnement, développement durable, Responsablité sociétale des entreprises (RSE)...toutes ces expressions ou notions ne sont-elles pas du "green washing" ? Peut-on faire le point brièvement sur chacune d’entre elles pour les différencier ?

Mehmet Célik  : Il est important de clarifier la signification de ces termes fréquemment utilisés de manière erronée, détournée et incomplète.
Le développement durable est une démarche transverse s’appliquant à toute l’entreprise, à tous les métiers et à tous les postes et qui associe les enjeux ou volets économiques, environnementaux et sociaux. Pour que le développement durable soit avéré et réellement mis en œuvre, ces trois piliers doivent être pris en compte.
La RSE, quant à elle, est une démarche d’intégration des enjeux du développement durable dans l’entreprise qui prend en considération toutes les parties prenantes. Le principal élément différenciateur entre le développement durable et la RSE, c’est la prise en compte par la RSE des parties prenantes et, de ce fait, son approche globale.
La RSE vise à canaliser et à minimiser les impacts de l’activité de l’entreprise : pollution liée à l’activité elle-même, les effets de cette pollution sur les communes avoisinantes, la pollution générée par les prestataires intervenant pour le compte de l’entreprise...
L’objectif étant de trouver un juste équilibre entre la performance économique de l’entreprise, la préservation de l’environnement, l’équité sociale et l’ancrage territorial.

Dans les faits, on a l’habitude que la RSE et le développement durable soient réduits au seul pilier de l’environnement. Le terme de "green washing" ("nettoyage vert" en traduction littérale) est souvent utilisé pour qualifier cette tendance. Cela reviendrait pour les entreprises à utiliser le développement durable à des fins commerciales en l’associant à un produit ou à un service. Malgré cet aspect réducteur et limité, le "green washing" a présenté et présente toujours un avantage : la prise de conscience progressive des enjeux liés à l’environnement.

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L’expression "parties prenantes" n’est pas toujours bien comprise. Qui englobez-vous dans les parties prenantes ?

Mehmet Célik  : Le terme de parties prenantes englobe toute personne ou structure qui ont un intérêt - de près ou de loin – lié à ce que l’entreprise fabrique ou produit. En interne, il s’agit des salariés, des fournisseurs, des clients. A l’externe, il s’agit des collectivités, des associations, des ONG, des citoyens. Il faut y ajouter les partenaires financiers : banques, actionnaires, fonds de pension le cas échéant…

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Comment peut-on mettre en place une démarche RSE en entreprise ?

Mehmet Célik : Cinq grandes étapes jalonnent une démarche RSE.
Pour mettre en place une démarche RSE, il y a une première étape déterminante consistant à s’assurer que le ou les dirigeants ont une sensibilité forte pour la RSE et sont convaincus du bien-fondé et des effets de la démarche. Sans cette conviction, la démarche sera vaine.
Il est nécessaire de rappeler au passage que le déploiement d’une démarche RSE, au départ en tout cas, a un coût variable en fonction des structures : création du poste de responsable RSE, consulting… il est donc indispensable que la démarche soit initiée avec une détermination et une motivation sans faille.

Deuxième étape : désigner une personne au sein de l’entreprise qui va piloter la démarche RSE. Cette personne doit être liée à la direction mais aussi avoir une position transverse dans l’entreprise.

Troisième étape  : procéder à un état des lieux des fondamentaux de l’entreprise et identifier toutes les parties prenantes. Cette étape implique de revenir à des questions de base. Que fait l’entreprise ? Quels sont ses objectifs et sa stratégie ? Quels sont les impacts de ses activités ? Sur qui ?
Souvent, nous avons de grosses surprises car nous nous rendons compte que l’entreprise n’avait jamais fait ce travail de remise à plat. Et qu’elle avait "oublié" ou n’avait pas identifié telle ou telle partie prenante comme une association située à proximité qui a pourtant un objet lié à l’activité de l’entreprise et à ses impacts. En omettant une ou des parties prenantes, l’entreprise peut donner l’impression de se concentrer uniquement sur le profit sans se préoccuper des effets générés par son activité, cela peut nuire à son image.

Sur la base des enseignements tirés de l’état des lieux, la quatrième étape a pour objet de définir et de mettre en œuvre un plan d’actions d’ordre économique, social et environnemental assorti de ressources.

Enfin, la cinquième étape consiste à communiquer en interne et à l’externe sur ce plan d’actions et sur la démarche RSE initiée.

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Y-a-t-il, selon vous, des entreprises qui font de la RSE sans le savoir ?

Mehmet Célik : Oui, les entreprises font bien souvent de la RSE partiellement sans forcément le savoir. Par exemple, le tri des déchets et le recyclage sont effectués à ce jour par de très nombreuses entreprises. On trouve aussi des entreprises qui sponsorisent des équipes de sport ou des actions humanitaires locales. Beaucoup d’entreprises sont certifiées mais sur des points spécifiques. Ces initiatives s’inscrivent dans la RSE, ces bonnes volontés peuvent générer des bonnes pratiques qui constituent des premiers pas intéressants et prometteurs.
Mais ça reste du coup par coup, on est loin d’une démarche globale. Ce qui va être plus compliqué, c’est d’intégrer et de formaliser une démarche RSE globale dans la vie de tous les jours de l’entreprise, à l’échelle de toutes ses activités et de toutes les parties prenantes.

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Qu’en est-il de l’offre RSE à ce jour ? Est-elle suffisante et pertinente ?

Mehmet Célik  : Jusqu’à récemment, l’offre RSE était quasi-exclusivement centrée sur l’environnement. L’offre progresse mais elle demeure insuffisante et manque de visibilité et de lisibilité. On est encore trop souvent dans le "green washing" et donc dans le saupoudrage de signaux "verts" ou environnementaux : "Made in France", labels qualité… Les citoyens y croient sans y croire suite à divers scandales ces dernières années notamment dans le secteur alimentaire. Ils suspectent les entreprises ou les marques d’être dans une logique de communication, pas forcément à tort d’ailleurs. L’exigence et la prise de conscience des consommateurs font bouger les lignes, ils jouent un rôle de plus en plus important. On assiste donc à un mouvement qui tend vers une meilleure offre RSE, plus claire et plus globale. Mais ce n’est que le début…

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Le "Passeport Qualisport sensibilisation à la RSE" est en cours de création. Peut-il être considéré comme un tremplin ou un premier pas pour mettre en œuvre une démarche RSE ? Mais aussi afin de détecter et de canaliser les entreprises qui font de la RSE sans le savoir ou qui ne la mettent pas assez en avant ?

Mehmet Célik  : Toutes les entreprises intervenant dans le secteur Sport&loisirs peuvent s’engager dans une démarche de qualification chez Qualisport.
Pourquoi créer le Passeport Qualisport sensibilisation vers la RSE ? Pour fournir aux entreprises un outil leur permettant de faire un premier pas vers la mise en œuvre d’une démarche RSE. C’est un tremplin.
Ce Passeport a pour vocation de sensibiliser les entreprises à la RSE et de leur faire prendre conscience des enjeux et des impacts de la RSE. D’un point de vue général en termes d’objectifs et d’un point de vue opérationnel, à savoir le coût d’une telle démarche, le temps à y consacrer, la ou les personnes à mobiliser…
"Ce Passeport est un outil de conduite du changement des mentalités".

Propos recueillis par Laurent Jacotey


La Responsabilité Sociétale de l’Entreprise, une réalité...
 

Quoi qu’il advienne, selon Geneviève Barbaste (Secrétaire Général Qualisport), la RSE n’est pas un phénomène de mode ! C’est un "espace de maîtrise des pratiques professionnelles et de régulation des activités économiques".
Si la RSE prend corps dans les engagements volontaires des entreprises, la gouvernance, la sous-traitance, l’intégration par l’entreprise de son rôle économique, social et environnemental sont aujourd’hui des données incontournables pour l’entreprise. Il n’est guère possible de rester détaché, neutre, ni de s’exonérer de la question de la RSE.
Dans le contexte actuel "d’évolution, de mutation", la question n’est plus de savoir si les entreprises doivent s’engager dans une initiative de RSE, mais comment doivent-elles s’impliquer ? Comment faire reconnaître son degré d’avancement, et donner un repère à ses partenaires.

"Devoir de vigilance ou Diligence raisonnable"

Il est essentiel de sensibiliser, d’informer les entreprises aux enjeux portés par la RSE, mais aussi d"encourager les initiatives.Toute entreprise fait de la RSE sans le savoir, (optimisation de la consommation, gestion des déchets,...) avec ses particularités culturelles et ses spécificités sectorielles.

"La RSE a une résonnance partout et un impact sensible sur toutes les entreprises. C’est une réponse à la demande de l’évolution sociale". Geneviève Barbaste

Si l’on considère que la RSE est une manière d’inscrire la gouvernance comme transparence, le social comme moyen, l’environnement comme condition, la règlementation représente 50% des motivations, les parties prenantes 30% et l’initiative volontaire 20%.
C’est en ce sens, poursuit Geneviève Barbaste, que Qualisport encourage les entreprises à s’approprier ce concept progressivement et à valoriser leurs efforts aux enjeux de la RSE.

Le concept RSE

Selon l’historien Morrell Heald,
le terme "responsabilité sociale et ces différents aspects" apparaissent déjà au XIXème ; "ce dont le XIXème siècle manquait, et que le XXème siècle va fournir, c’est une justification, mais aussi une conceptualisation de la réalisation, entre l’entreprise et la communauté,- suivant laquelle la responsabilité sociale est considérée non seulement comme une charge pesant sur la conscience et sur l’intérêt individuel, mais aussi sur les ressources des entreprises".


Sous l’impulsion de Koffi Annan, alors Secrétaire Général de l’ONU,
lors du forum de Davos en 1999, ce dernier a demandé aux entreprises internationales de s’engager à soutenir, respecter et à appliquer dans leur sphère d’influence les 10 principes du pacte mondial :
2 principes relatifs aux droits de l’Homme,
4 principes aux normes du travail,
3 principes relevant de l’environnement,
1 principe relatif à la corruption.

Pour la commission européenne de 2001
"la RSE est l’intégration volontaire des préoccupations sociales et écologiques des entreprises à leurs activités commerciales et à leurs relations avec les parties prenantes.
Le développement durable doit être plus qu’un concept purement environnemental, il s’agit de faire cohabiter une économie dynamique avec une société qui donnerait sa chance à tous, tout en améliorant la productivité des ressources, en dissociant croissance et dégradation de l’environnement".

Ce qui dit la norme internationale ISO 26000
c’est la "responsabilité d’une organisation vis-à-vis des impacts de ses décisions et activités sur la société et sur l’environnement, se traduisant par un comportement éthique et transparent qui :
prend en compte les attentes des parties prenantes,
respecte les lois en vigueur tout en étant en cohérence avec les normes internationales de comportement,
contribue au développement durable
est intégré dans l’ensemble de l’organisation et mis en œuvre dans ses relations.
La RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) est la contribution des entreprises aux principes du développement durable".