Le BIM a des impacts sur la commande publique. Entretien croisé avec Christian Romon, Secrétaire Général de la Mission Interministérielle pour la Qualité des Constructions Publiques (MIQCP1) et Pascal Lemonnier, Secrétaire permanent adjoint de la Direction générale de l’aménagement, du logement, de la nature, Plan Urbanisme Construction Architecture (PUCA2).

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Quels sont les apports du BIM en matière de commande publique ?

Christian Romon  : Le BIM est porteur de gages de qualité sur la réalisation en raison de son approche collaborative tridimensionnelle orientée objet. Cet outil permet d’éviter les oublis et de fournir une vision globale dès l’amont du projet avec, pour conséquence, un minimum de surprises et d’improvisations lors du chantier. La "commande publique" est ainsi assurée d’une qualité optimisée et d’une meilleure maîtrise des coûts.

Pascal Lemonnier : Les projets et les réalisations les plus complexes ne pourraient plus se faire sans le BIM. Dans les faits, la maquette 3D ou BIM n’est pas encore utilisée de manière exclusive. Même dans le cadre d’un projet réalisé "sous BIM", on passe toujours par une contractualisation sur la base d’une maquette papier 2D. La maquette 3D vient s’ajouter et se concrétise à partir de cette première étape.

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Est-ce dû à une frilosité ou à un manque d’appropriation du BIM ?

Christian Romon : Ce n’est pas si simple que cela. Le secteur compte un grand nombre de petites entreprises de travaux et de cabinets d’architecture de petite taille. Le BIM a un coût en termes d’équipement, de formation et de mise en œuvre. Le coût d’investissement afférent au BIM est plus lourd à porter pour les petites structures que pour les grosses entreprises. Cependant, les petites entreprises n’ont pas le choix, elles sont obligées de passer au BIM car les donneurs d’ordre publics vont l’exiger dans un souci de qualité. On assiste d’ailleurs à une forte accélération de la mise en œuvre du BIM depuis deux ou trois ans.
Alors oui, le BIM constitue un véritable effort pour les structures de petite taille mais aucune de celles qui ont franchi le pas n’envisagerait de revenir en arrière, elles le disent elles-mêmes. En effet, le BIM apporte un confort d’utilisation indéniable, une qualité optimale de la réalisation et des gains de productivité. Ces bénéfices concernent tant les acteurs de la construction que les donneurs d’ordre publics et même privés.

Pascal Lemonnier  : Il ne s’agit pas de faire peur aux maîtres d’ouvrage. Il faut laisser le temps de l’appropriation du BIM par tous les intervenants d’un chantier. Les maîtres d’ouvrage sont conscients du confort généré par le BIM à tous les stades d’un projet : maîtrise de la conception, réduction des risques de malfaçons et baisse des coûts car la durée du chantier est plus courte grâce à l’utilisation du BIM en amont.
Dans les cas de réhabilitation, la présentation en maquette numérique a révolutionné le dialogue et la concertation. On peut réellement tenir compte des demandes des usagers du bâtiment, les visualiser et évaluer si elles sont viables et pertinentes en termes de qualité ou de coûts.

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Le recours au BIM permet un partage et un travail collaboratif accrus entre les donneurs d’ordre et les intervenants d’un chantier. Cependant, cet aspect collaboratif - qui est un atout - suscite un débat sur les questions de propriété intellectuelle et de droits d’auteur. Qu’en est-il ?

Christian Romon : C’est un sujet ambigu. Qui est propriétaire de la maquette ? Certains architectes considèrent qu’elle leur appartient. Certains maîtres d’ouvrage pensent que la maquette n’appartient pas aux architectes car ce ne sont pas eux qui exploiteront le bâtiment ou l’équipement et qui le feront évoluer le cas échéant.

Pascal Lemonnier : En fait, l’architecte a un droit d’auteur sur sa maquette pour la protéger et éviter qu’elle puisse être reproduite à foison sur des projets similaires. Les architectes ont également peur de voir leur maquette et leur travail dénaturés dans la phase d’exploitation ou de réhabilitation du bâtiment. Ces questions doivent être précisées contractuellement en amont du projet avec des clauses précises sur les questions de droits d’auteur. Avec, pour finalité, la limitation de l’utilisation de la maquette par les maîtres d’ouvrage pour d’autres projets.
Les craintes des architectes ne sont pas illégitimes, la solution consiste peut-être à leur régler la maquette numérique BIM. Le débat est en cours. La contractualisation au coup par coup semble être la meilleure option.

1 MIQCP : Placée auprès du Ministre en charge de l’architecture, la Mission Interministérielle pour la Qualité des Constructions Publiques a pour vocation de promouvoir la qualité architecturale des ouvrages édifiés pour le compte des collectivités publiques.
Son positionnement interministériel lui permet d’associer, dans sa réflexion et dans son action, de nombreux partenaires publics et professionnels, en France et en Europe, et de fonder ses recommandations sur l’observation et l’analyse de leurs pratiques.

 

2 PUCA  : le Plan Urbanisme Construction Architecture est une agence interministérielle (Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie ; Ministère du logement, de l’égalité des territoires et de la ruralité) créée en 1998 afin de faire progresser les connaissances sur les territoires et les villes et éclairer l’action publique. Le PUCA initie des programmes de recherche incitative, de recherche-action, d’expérimentation et apporte son soutien à l’innovation et à la valorisation dans les domaines de l’aménagement des territoires, de l’urbanisme, de l’habitat, de l’architecture et de la construction.

Propos recueillis par Laurent Jacotey