Lionel Blancard de Léry, architecte-urbaniste (Atelier BLM),
spécialiste du BIM répond à nos questions.Valeurs du BIM, cibles prioritaires, formation, déploiement du BIM.


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Quelles sont les valeurs ajoutées du BIM ? L’aspect collaboratif est-il le plus intéressant ?

Lionel Blancard de Léry : Le BIM permet juste de travailler ensemble le plus en amont possible d’un projet en vue de « construire avant de construire » le bâtiment et l’aménagement imaginés par l’architecte. C’est sa force. L’économie globale ou coût global de la réalisation viendra d’une meilleure qualité des ouvrages. Plus il y a de matière grise partagée en amont, moins il y a de dépenses après. L’esprit collaboratif, je l’ai toujours connu. Le BIM va changer le process de travail. Les usages actuels ont donné lieu à une classification en 3 niveaux de l’appropriation du process « BIM ».
Le niveau 1, c’est globalement le niveau actuel avec de la 2D et de la 3D et des acteurs qui s’échangent des données dans un séquençage classique où subsistent de nombreuses ressaisies du projet (14 fois en moyenne), sources de dysfonctionnement et d’erreurs. L’amorce d’un process « BIM », c’est déjà de minimiser ces ressaisies.
Le niveau 2 n’est pas loin, c’est le stade où la maquette numérique 3D s’élabore avec des partenaires qui doivent s’équiper pour lire la maquette et commencer à travailler ensemble dessus. Les ressaisies diminuent.
Pour le niveau 3, il reste du chemin, tous les intervenants sont « BIM », l’interopérabilité est totale. Ce niveau sera difficilement atteignable en France, bien que demandé dans le cadre de certains concours.

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A qui s’adresse le BIM au final ? Y-a-t-il des cibles prioritaires ?

Lionel Blancard de Léry : Avec le BIM, tous les acteurs de la construction vont être dans un rapport gagnant/gagnant. L’architecte, manager naturel du BIM, pourra notamment envisager des missions complémentaires allant jusqu’à la gestion, l’exploitation et la maintenance de la maquette numérique pourquoi pas 10 ans après la livraison du projet. Pour l’entreprise, il s’agit de lire la maquette, les métrés sont simples en phase d’étude, ces données sont très intéressantes pour les PME et favorisent une meilleure gestion des travaux en phase chantier.
Pour le maître d’ouvrage, le BIM représente la garantie d’ouvrages de meilleure qualité, plus faciles à gérer et à exploiter.
Quant à l’industriel
, la création de catalogue numérique va bouleverser sa démarche commerciale. Les liens vont être renforcés avec la maîtrise d’œuvre qui pourra envisager par exemple de créer des prototypes beaucoup plus facilement.

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Pour tirer le meilleur profit du BIM, le plus grand nombre des acteurs de la rénovation, de la construction ainsi les donneurs d’ordre doivent-ils être formés au BIM ?

Lionel Blancard de Léry  : La réponse est dans le niveau 3 du BIM développé ci-dessus. Pour en arriver à cette phase d’interopérabilité, il est logique qu’apparaissent dans un premier temps des "AMO BIM" (Assistants à la maîtrise d’ouvrage).
Mais il faudra être vigilants et éviter de revivre les effets pervers de "l’AMO HQE" à l’époque de la démarche HQE (Haute Qualité Environnementale) où bon nombre d’ignorants conseillaient sans savoir.

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N’y a-t-il pas un problème de confidentialité concernant les projets si tout le monde utilise le BIM dès l’amont du projet ? De droits d’auteur également ?

Lionel Blancard de Léry : Dans un premier temps, il serait préférable de prévoir des sorties papier datées et de nommer un responsable pour marquer les étapes. Dans un deuxième temps, des systèmes de validation numérique se mettront en place. Pour les droits d’auteur et la propriété intellectuelle, les règles seront globalement les mêmes, ce qui ne doit pas empêcher de s’en préoccuper.

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La France est-elle avancée dans le déploiement du BIM ?

Lionel Blancard de Léry : On cite souvent les pays anglo-saxons et scandinaves comme très avancés sur le BIM. Pour avoir comparé l’avancement de nombreux pays, la France n’a qu’une petite marche à franchir pour rattraper le Royaume-Uni. Toutefois, il faut distinguer et prendre en compte le process de travail de chaque pays afin de comparer ce qui est comparable. Dans les pays anglo-saxons, le projet est complètement étudié en amont avec tous les détails d’exécution. Le chantier, c’est uniquement de la pose. Les honoraires de la maîtrise d’œuvre sont en conséquence (15 à 20%).
En France, on est dans un système différent, beaucoup de plans d’exécution sont faits par les entreprises lors du chantier.

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Les formations sont-elles suffisantes ?

Lionel Blancard de Léry : Les formations se mettent en place dans tous les secteurs du bâtiment. La démarche "BIM" étant récente, on manque aujourd’hui de formateurs qualifiés. Mais d’ici 2 à 3 ans, les progrès devraient être spectaculaires.
Propos recueillis par Laurent Jacotey

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